Le Plan anti-Bandes... par libération.fr du 23/06

Publié le par être parent tout simplement

Plan anti-bandes: «On est dans la logique du soupçon»
Interview

Christian Estrosi doit défendre ce mardi à l'Assemblée une batterie de mesures destinées à renforcer la sécurité dans les cités et à l'école. Un arsenal répressif «inutile et potentiellement dangereux», selon le sociologue Michel Fize.


Recueilli par CORDÉLIA BONAL

Michel Fize, chercheur au CNRS, a écrit plusieurs livres sur les jeunes et l'adolescence, dont Les bandes, de l' «entre soi adolescent» à l'«autre-ennemi» (réédité en 2008).

 

Quand le gouvernement parle de «bandes», que faut-il entendre au juste?

Une bande, à l'origine, c'est un groupe très ordinaire, spontané, de quelques jeunes sur leur lieu de vie. On se retrouve parce qu'on vit au même endroit, c'est aussi simple que ça. La bande ordinaire c'est une bande ludique, de convivialité, une bande de copains. A l'autre extrémité, on a le gang, ou en français l'association de malfaiteurs, qui correspond assez à ce que Sarkozy appelle «bandes violentes», avec derrière la délinquance et une économie parallèle.

Mais ce phénomène n'est pas nouveau, si?

Les bandes ont toujours existé. Ce qui a changé en revanche, c'est qu'autrefois les différentes catégories de bandes étaient clairement identifiables. Mais depuis les années 70 et l'introduction de la drogue dans les cités, la confusion s'est accrue, on passe d'un groupe à l'autre, à l'occasion. Aujourd'hui, les sociologues s'accordent à dire que la bande ordinaire «croise» la délinquance. Ce qui, peut-être, est plus alarmant, c'est la facilité croissante qu'ont désormais les jeunes à utiliser les armes (armes à feu voire armes lourdes) et à passer à l'agression contre la police.

Le plan anti-bandes discuté ce mardi à l'Assemblée, et qui mise sur le tout répressif, est-il de nature à réduire la délinquance?

Les propositions de Christian Estrosi me semblent à la fois inutiles et potentiellement dangereuses. Nous avons déjà dans le code pénal largement les moyens de réprimer les associations de malfaiteurs. Les deux seules nouveautés de ce texte sont, d'abord, qu'on alourdit les peines, ensuite que l'on sanctionne le seul fait d'appartenir à un regroupement qui, nous dit-on, forme le but d'aller commettre un délit (la «participation à une bande ayant l'intention de commettre des violences» pourra être punie de trois ans d'emprisonnement, ndlr). Autrement dit, on est dans la répression de l'intention. Or dans notre code pénal, pour qu'il y ait infraction, il faut qu'il y ait projet et surtout réalisation. Là, ce qui me semble dangereux, c'est qu'on est dans une pure logique de soupçon. Ça me rappelle beaucoup la loi anti-casseurs des années soixante-dix, quand le fait de participer collectivement voulait dire «tous coupables». On sortait de l'individualisation de la répression.

Ce nouveau plan, qui mise sur la répression, n'aura donc aucun impact?

On peut craindre qu'il ne se passe rien de plus et rien de moins. Depuis 2002, on a eu 12 lois sur la sécurité. Avec quels effets? Les jeunes qui sont visés ici ne lisent pas le code pénal et n'écoutent pas Sarkozy. Si l'on regarde les expériences passées, dans les années soixante, quand on parlait beaucoup de la délinquance juvénile, on a alourdit les peines. Résultat, entre 1954 et 1966 le nombre de mineurs condamné a été multiplié par trois... On ne résoudra pas le problème sans s'attaquer à ses racines que sont l'évolution sociale et économique.

S'il fallait retenir quelques mesures à prendre ?

Depuis 30 ans, on a tout essayé: la répression, la médiation, les grands-frères, le sport... Avec un succès, il faut bien le dire, très partiel. Aujourd'hui, il faudrait tout remettre à plat dans une sorte de Grenelle des violences urbaines. Un dialogue qui, pour une fois, tendrait la main à ces jeunes qui sont en plein désarroi, souvent exclus presque par anticipation, avant même d'avoir été intégrés. Il n'y a pas d'un côté les méchants jeunes et de l'autre les gentils jeunes, chacun appelant des mesures différentes comme semble le croire le gouvernement, qui souffle le chaud et le froid. Il faut articuler les réponses. Plusieurs axes me paraissent essentiels: favoriser l'insertion économique, la réussite scolaire, et mettre en place, dès le primaire, un apprentissage du vivre-ensemble, des valeurs sociales.

Publié dans REVUE DE PRESSE

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