Amer constat sur notre système scolaire français...

Publié le par être parent tout simplement

echec-scolaire.jpg article paru dans le monde.fr le 12/05/2010

 

En finir avec une école qui laisse trop de jeunes sur le bord du chemin, sous prétexte d'offrir le même nombre de cours à chaque élève, à chaque établissement la même dotation horaire. Les deux cents pages du rapport thématique que la troisième chambre de la Cour de comptes rend public, mercredi 12 mai, s'attaquent au tabou de la sacro-sainte égalité républicaine.

 

Parce qu'il empile directives et réformes sans tenir compte des besoins de l'élève, ni vérifier l'efficacité sur le terrain d'une réforme, le système scolaire français produit de l'échec et creuse les inégalités, estime la Cour des comptes. Intitulé "L'éducation nationale face à l'objectif de la réussite de tous les élèves", ce rapport thématique devait être présenté par le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud.

 

Non à l'offre uniforme Fruit de deux ans d'auditions, d'une enquête menée dans soixante établissements de six académies et trois pays européens (Espagne, Suisse, Ecosse), le rapport s'articule autour de deux grands axes.

 

Il insiste sur l'importance qu'il y a à placer réellement l'élève "au coeur du système", notamment en tenant compte de ses difficultés et de ses besoins. D'autre part, sur un nécessaire changement dans la gestion du système : "Il est désormais impératif de remplacer la logique de l'offre scolaire - qui repose sur des moyens alloués en fonction des programmes : tant d'heures de cours, qui signifient tant d'enseignants, qui signifient tel budget - par une logique fondée sur la demande, c'est-à-dire sur une connaissance nettement plus précise des besoins des élèves", insiste le rapport.

 

Au cours de leur enquête menée de fin 2007 à septembre 2009, les conseillers de la troisième chambre ont ressenti "un grand intérêt du terrain, qui supplie que ça bouge, mais aussi un fort découragement et épuisement devant les effets d'annonce". Est-ce là la promesse d'une possible réforme du système ?

 

Donner plus à ceux qui réussissent moins bien Les évaluations internationales montrent que "la France est un pays dans une position moyenne, voire médiocre, en ce qui concerne les résultats et les coûts par rapport aux principales nations comparables, souligne Didier Migaud. En fait, notre enquête aboutit à un constat simple : dans son organisation, le modèle scolaire français tend à favoriser les élèves sans difficultés particulières (...). La France est le pays où les écarts de résultats entre élèves se sont le plus accrus entre 2000 et 2006. Notre pays est aussi celui où l'impact de l'origine sociale sur les résultats des élèves est le plus grand, de l'ordre du double de celui du Japon ou du Canada".

 

Si nous continuons de la sorte, "malgré la création des baccalauréats professionnels, et vu l'échec de ces bacs dans le supérieur, il est mathématiquement impossible d'atteindre l'objectif de 50 % assigné par le sommet de Lisbonne (2007) aux pays de l'Union européenne, puisque seulement 50 % de bacs généraux et technologiques entrent dans le supérieur", font remarquer les conseillers de la Cour.

 

Pour lutter contre l'échec scolaire, leur rapport propose "d'accroître le financement du traitement de la difficulté scolaire à l'école primaire", où l'échec est déjà en germe. Il souligne aussi l'importance de "mettre fin à une allocation des moyens uniforme", sans prise en compte des écarts et des objectifs entre établissements. "Entre un lycée qui a 100 % de réussite au bac et un autre qui en a 40 %, il n'y a que 10 % d'écart des moyens horaires alloués", relève la Cour. Au passage, elle épingle le ministère, qui ne connaît pas précisément les coûts de sa politique de lutte contre l'échec, "ce qui l'empêche de déterminer quels dispositifs doivent être maintenus ou supprimés".

 

Partir des besoins de l'élève Dans ce domaine, tout est à revoir car l'élève, qui est prétendument au centre du système, est en fait "le dernier servi", dénonce la Cour. A commencer par le temps et les rythmes scolaires qui ne lui sont absolument pas adaptés. Surtout pour ceux déjà en difficulté, qui peuvent dépasser la journée de six heures de cours quand ils ont à suivre ceux de soutien scolaire, en sus des heures de cours ordinaires.

 

Les redoublements, qui sont le plus souvent inefficaces et coûteux, devraient être revus à la baisse et les économies ainsi faites allouées "au financement d'actions d'accompagnement personnalisé". Il faut "arrêter de dire que tous les élèves doivent avoir le même nombre d'heures de mathématiques et que le soutien est le même pour tout le monde", martèle Jean Picq. Pour le président de la troisième chambre de la Cour des comptes, "l'égalitarisme de notre système maintient l'inégalité". Par ailleurs, le rapport critique la composition des classes où "l'hétérogénéité est plus vécue comme une contrainte que comme un objectif louable". La Cour confirme aussi ce qu'elle avait déjà souligné, en novembre 2009 : le risque de ghettoïsation des établissements les plus difficiles qui voient fuir leurs meilleurs élèves du fait de l'assouplissement de la carte scolaire.

 

Des enseignants à des postes qui leur conviennent La Cour, qui loue le travail des enseignants, relève que leur affectation n'est pas souvent faite en fonction de leurs compétences et des élèves qu'ils auront en face d'eux. Il faut, dit-elle, "définir un cadre réglementaire conforme à la diversité de leurs missions (enseignement, coordination des équipes pédagogiques, accompagnement personnalisé, conseil en orientation...). Un accord annuel arrêté entre les enseignants et les responsables des établissements (devrait), définir les modalités pratiques de répartition de ces missions", dit le rapport.

 

Responsabiliser les établissements La Cour souhaite aussi que "les équipes pédagogiques déterminent les modalités de répartition des moyens d'enseignement et d'accompagnement personnalisé". Une mesure révolutionnaire qui reviendrait en fait à destituer en grande partie le ministère. Enfin, elle propose de systématiser les affectations "sur profil" des responsables et des enseignants des établissements les plus difficiles, et de les évaluer à partir des "bonnes pratiques relevées en France et à l'étranger".

 

Le rapport de la Cour sort une semaine après celui de l'Institut Montaigne sur l'école primaire. Beaucoup plus complet, il enfonce le même clou : la réforme de fond en comble de notre système scolaire est urgente.

Le ministre de l'éducation nationale, Luc Chatel, devait donner sa réponse à cet amer constat. Reste à savoir si le ministère saura s'y atteler à deux ans d'une échéance politique majeure.

Marc Dupuis


L'intégralité du rapport est à lire sur http://www.ccomptes.fr/fr/CC/documents/RPT/Rapport-education-nationale-face-a-objectif-reussite-eleves.pdf

 

Publié dans REVUE DE PRESSE

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