On parle encore de la prévention de la délinquance

Publié le par être parent tout simplement

 

Delinquance_juvenile.jpgArticle paru dans le monde.fr du 23 août 2011
Le 8 juillet 2011, les ministres de l'intérieur et de la justice ont adressé aux préfets et aux procureurs de la République une circulaire relative aux orientations du gouvernement en matière de prévention de la délinquance. Cette dernière se trouve au passage érigée « au premier rang des priorités d'action du gouvernement ». Encore faut-il lire attentivement le texte et comprendre la conception singulière de la prévention que se font les ministres et le président de la République avant eux.

Du temps où Nicolas Sarkozy était encore ministre de l'intérieur, la loi du 5 mars 2007 avait déjà dénaturé la prévention (...). La circulaire du 8 juillet ajoute que la politique de prévention « s'inscrit désormais dans le registre de la politique de sécurité, en relation avec la politique pénale », qu'elle est « complémentaire et étroitement liée à l'action répressive ». Elle comprend les alternatives aux poursuites et à l'incarcération, les patrouilles de police, les stages de responsabilité parentale, l'accompagnement des sortants de prison (...).

En réalité, c'est d'un véritable petit tournant idéologique qu'il s'agit depuis 2007, et qui se prolonge ici. Sur le fond, il consiste à « autonomiser » la prévention de la délinquance de ce qui est renvoyé désormais vers la « cohésion sociale » et la « politique de la ville », bref à couper le plus possible le traitement de la délinquance de ce qui est qualifié d'« approche exclusivement socio-éducative d'origine » de la prévention. Et si la circulaire du 8 juillet 2011 parle encore de prévention sociale, c'est pour la réduire à « des démarches plus individualisées de repérage », pour « que soient apportées au plan local des réponses immédiates et graduées à tout signalement de comportement incivil ». L'aspect « social » de la prévention se ramènerait donc à une répression plus douce de choses également moins graves : les incivilités. (...)

Si le texte évoque, de façon très vague, des « actions ciblées sur des publics vulnérables », la « mobilisation des communautés scolaires pour la lutte contre les violences scolaires », la « lutte contre l'absentéisme et le décrochage scolaires » et « l'implication des parents », ces orientations se déclinent toutes sous la forme de rappels à l'ordre, par le biais notamment des « conseils des droits et devoirs des familles » qu'il s'agit d'imposer aux municipalités et des « contrats de responsabilité parentale » qu'il s'agit d'imposer aux familles. La « prévention précoce », quant à elle, se trouve en réalité confondue avec de simples pratiques de dépistage et de responsabilisation des familles.

Infantilisation des collectivités locales

Le renversement idéologique s'accomplit : la dilution de la prévention dans la politique de la ville est remplacée par une dilution de la prévention dans les politiques à vocation répressive. Pour ce faire, plus question de laisser le champ libre aux professionnels du secteur médico-social et aux acteurs municipaux. La circulaire appelle les préfets et les procureurs de la République à reprendre la main (...).

Procureurs, policiers et préfets sont invités à « aider » les collectivités territoriales dans la détermination de leurs priorités d'action, notamment en leur fournissant des informations sur la réalité et l'évolution de la délinquance, ainsi que « leur expertise technique et juridique » dans le montage de projets. Une fois de plus, les collectivités locales sont infantilisées, il appartiendrait à l'Etat de leur expliquer ce qu'il faut faire et de veiller à ce qu'elles le fassent. La fameuse « coproduction » de sécurité et le fameux « partenariat » deviennent des mots creux (...).

Publié dans JUSTICE

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