Le résumé du débat avec E.Charmeux...
Vous n'avez pas pu venir à la conférence, vous étiez à l'autre bout de Pau, en France ou ailleurs, alors prenez le temps de lire ces quelques lignes résumant la conférence avec Eveline Charmeux, éminente pédagogue, qui a su nous donner l'envie ou re-donner l'envie de nous battre pour une école plus juste et toujours plus démocratique.
On a démarré très fort en évoquant la place de l'enfant à l'école et comment cet enfant arrive à l'école : tout simplement « avec ce qu'il est, rien de plus ni rien de moins, mais c'est l'essentiel ».
Alors que peut faire un enseignant avec 28 élèves tous différents les uns des autres mais finalement d'une hétérogéinité si riche ? !
Eveline Charmeux nous persuade que l'enseignant ne doit cueillir que ce qui s'offre à lui : un enfant qui est passionné par le cheval, il est important qu'il est un temps dans l'année pour le transmettre à la classe, un enfant qui a fait un voyage aussi, un enfant qui vit dans une ferme aussi,.... Une sorte de transmission de savoir et savoir-faire ! Et c'est en valorisant ces savoirs propres aux enfants, en élevant tout simplement leur culture, que l'enfant pourra prendre goût à ce que l'enseignant souhaite lui transmettre. Car un enfant ira vers ce qu'on lui demande parce qu'il aura une place, une reconnaissance.
Voilà donc un second point : comment donner l'envie d'apprendre de ce que l'on ne sait pas ? Qui finalement est intéressé de connaître par cœur les dates des mérovingiens, des capétiens, ou encore de les énumérer un par un sans y mettre du lien, du sens, des sens... C'est bien cela que soulève notre conférencière : quel est l'intérêt de connaître que la bataille de Marignan est 1515 si on ne nous apprend pas dans cette demande de par cœur, ce qui a motivé François 1er à cette bataille, les enjeux... et donner finalement envie à l'enfant de connaître et non d'apprendre des choses pour lesquelles il n'y aucun lien avec ce qu'il vit. Encore une fois, une explication de mot où la motivation n'est pas égale à l'envie. Pour qu'un enfant soit motivé, il doit avoir envie et l'inverse n'est pas possible. La motivation sans envie n'est finalement que du faire plaisir à l'adulte et ainsi la connaissance apportée à l'enfant sera mal assimilée. Pour Eveline Charmeux, tout le monde est capable d'intégrer des savoirs mais est-ce le fondement même de la pédagogie ? Alors, elle développa l'idée que chacun peut apporter ses témoignages de la vie, tenter des expériences pour développer ces acquis de base et ainsi développer toujours plus le savoir-être, le savoir-créer et le savoir-devenir.
L'enseignant aura donc la lourde mais honorable tâche de partir de chaque enfant, ce qu'il est, de sa culture, de son univers social non pas pour l'individualiser ni pour faire du sur-mesure mais pour respecter de là où il démarre. Appliquer un programme à chaque enfant sans tenir compte de ce qu'il est, de ce qu'il peut faire, c'est déjà l'isoler dans ses capacités.
Que vit l'enfant quand il est à l'école ? Eveline Charmeux poursuit sur l'idée qu'aucun enfant ne doit être mis sur la touche. Qu'aucun enfant ne mérite l'échec scolaire et qu'il est un véritable « crime » que de laisser l'enfant accumuler des difficultés. Un enfant n'accumule pas tout seul ses lacunes. Et plus le fossé se creuse, plus il est devient difficile de permettre à l'enfant d'avoir envie de.... Elle raccroche cette idée à l'efficience où non des devoirs, du soutien... A la question « est-ce que le soutien peut aider un enfant en difficulté », elle répond avec humour mais néanmoins certitude « pensez-vous que si vous n'aimez pas les lentilles, si je vous redonne une louche vous aimerez ? » CQFD !! A la question « est-ce qu'il faut récompenser un enfant qui rapporte une bonne note à la maison », elle répond « pourquoi ? Comment un enfant peut-il avoir envie si l'on conditionne son bien-être à l'école par une récompense ? Quel sens donnez-vous à ce qu'il aime faire ? Quel sens apportez-vous à ce que vous vous nommez effort mais que lui a peut-être intégré différemment... ? » Alors, non à la récompense mais oui à soutenir toujours plus l'envie qui naît en lui...
Si on reprend donc l'idée que tout enfant peux accéder à un certain nombre d'apprentissages, Eveline Charmeux le posera à une condition : celle de fédérer avec l'ensemble de la classe ce que chacun peut apporter à autrui. Pourquoi ne jamais penser que le travail en commun est ce qui peut élever un enfant qui est en difficulté ? Pourquoi penser que le travail de groupe est plus lourd à gérer que le travail individualisé ? Pourquoi penser que le travail de groupe ne permettra pas de voir celui ou celle qui aura été en difficulté ? Mais finalement, nous dira Eveline Charmeux, « quelle importance » ? L'objectif de l'enseignant n'est-il pas de réunir les conditions et toutes les conditions pour apprendre aux enfants ? Et ce qui compte, c'est que les enfants apprennent. Alors n'apprennent-ils pas en étant dans une situation de groupe : le rôle de chacun, la parole de tout à un chacun, l'écoute... ?
En avançant, une phrase d'Alain, le philosophe « il faut servir aux enfants des graines et non du sable », toute l'essence de l'apprentissage est bien là ! Car ce sont les enfants qui doivent développer en eux ce qu'ils savent déjà et nous, adultes devont les aider à les « hisser » vers le haut. En disant cela Eveline Charmeux nous prévient que ce que nous pensons être simple n'est pas forcément « facile » et que si c'est « facile » pour nous, ce n'est pas simple à transmettre ou à apprendre. La « simplicité » reste alors un concept provenant exclusivement du monde des adultes. Sur l'écran, Eveline Charmeux nous laisse réfléchir quelques instants face à un dessin d'un gros chat, sur une estrade, qui montre au tableau noir un mot MIAOU. En face de lui au premier rang, une petite souris toute apeurée et tremblante. Une bulle indique les propos que tient le Maître d'école Chat à la petite souris "MI A OU, C'EST POURTANT PAS DIFFICILE !!!". Et c'est tellement vrai et tellement « simple » (sans faire de jeu de mot !!) de traduire ce que le monde des adultes, des enseignants et des parents attendent peut-être trop fortement de leurs enfants dans l'univers des apprentissages...
Pour finir, elle avancera que c'est la co-éducation qui permettra aux enfants d'être à l'aise avec les apprentissages ? Coéducation ? C'est pour Eveline Charmeux, une incontournable collaboration entre les enseignants et les parents. Le rôle de chacun aura été bien clair durant toute la conférence et il ne s'agit aucunement de prolonger le travail de l'enseignant à la maison. Tout comme l'enseignant qui serait tenté d'avoir une fonction parentale en classe. C'est cette complémentarité qui est importante. Un parent qui se persuade que ; récompenser un enfant quand il apporte une bonne note à la maison, lui donner des exercices supplémentaires, approuver les devoirs à la maison ou pour finir le punit s'il revient avec des mauvaises notes, se leurre de ce que l'enfant doit vivre hors de l'école. Pour Eveline Charmeux, l'école doit être une école où les enfants n'ont besoin d'aucun soutien car le travail est assuré en classe. Que cela soit la punition ou la récompense l'enfant n'est pas dans ce qu'elle nomme « une construction volontaire ». Si l'enfant ne construit pas sa propre analyse, ne repère pas ses problèmes, bref ne se responsabilise pas dans sa construction, il devient dépendant de ce lien purement affectif qu'est la punition ou la récompense.
Nous pourrions en dire d'avantage de ces deux heures et demi d'échanges à travers la pédagogie de demain pour nos enfants, mais nous pourrions aussi définir en une phrase concise et précise l'essence même de ce que Eveline Charmeux a souhaité nous transmettre : « les valeurs morales, l'être à part entière, ce qu'est un enfant (physiquement, psychologiquement...), bref ce qui fait de nous un individu doit pouvoir vivre dans un univers scolaire humain et généreux ».
Pour compléter ce résumé, je ne peux que vous inviter à lire ses textes sur son site : http://www.charmeux.fr/
