Une fois de plus la faute aux parents...

Publié le par être parent tout simplement

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DELINQUANCE JUVENILE : 05/11/2010 - article paru dans la gazette santé/social

 

Mes commentaires : Une fois de plus, on évoque la responsabilité des parents sur cette question de cadre éducatif, sur le fait de "punir" (suspension des allocations) si l'autorité n'est pas exercée correctement, mais quand allons-nous développer une vraie politique pédagogique auprès des familles ? Quand allons-nous remettre dans la balance un certain équilibre entre le dispositif complet de la protection de l'enfance et le manque réel de dispositif auprès des familles et plus particulièrement auprès des parents. A titre d'exemple, combien de bâtiments existe t-il en France pour soutenir les mères qui disent dès l'accouchement ne pas pouvoir assumer leur rôle de mère ? Alors que c'est là qu'il faudrait tout de suite accompagner pour soutenir les capacités parentales, apporter du maintien, du lien... Mais nous en sommes encore loin puisque c'est une fois de plus de la répression que nous propose ce rapport sur la prévention de la délinquance juvénile et non de l'éducation...

Le rapport Bockel prône un repérage précoce dès 2-3 ans

Dans un rapport sur la prévention de la délinquance juvénile remis, le 3 novembre 2010, à Nicolas Sarkozy, le secrétaire d'Etat à la Justice Jean-Marie Bockel met l'accent sur la responsabilisation des parents et revient sur l'idée controversée d'un repérage des troubles du comportement dès 2-3 ans. A l'issue d'une mission de trois mois, il formule une quinzaine de propositions.

 

Le secrétaire d'Etat à la Justice souligne que le nombre de mineurs mis en cause dans des faits de délinquance a plus que doublé en une vingtaine d'années (+118% entre 1990 et 2009). Le phénomène des bandes s'est "modifié et amplifié", avec notamment le développement des bandes de filles qui semblent "mimer des conduites jusqu'à présent masculines".


La mise en cause de jeunes filles dans les infractions de violences volontaires a augmenté de 97,5% entre 2004 et 2009, selon des chiffres de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Les seules violences des adolescentes contre les policiers ont augmenté de 75,5% sur la même période.

 

Face à cette situation, le rapport préconise "une politique de prévention et d'action spécifiquement ciblée sur les bandes de filles". Jean-Marie Bockel a notamment évoqué dans la presse l'exemple allemand, où les jeunes filles mises en cause doivent suivre des "stages anti-violence" de quelques heures, après l'école. Selon lui, "dans les deux tiers des cas, il n'y a pas de récidive".

 

Accent mis sur "la responsabilité parentale"
Plus d'un tiers de ses propositions portent sur "la responsabilité parentale". "Dans certains quartiers où explose la délinquance juvénile, plus d'un foyer sur deux est une famille monoparentale", constate le rapport, préconisant pour les foyers recomposés de "confier un statut aux beaux-parents" afin d'aider à restaurer l'autorité.

Il propose aussi de "généraliser le contrat de responsabilité parentale", qui permet aux conseils généraux de suspendre les allocations familiales des parents qui ne respectent pas leurs obligations, et de "faciliter le recours aux poursuites pénales pour les parents défaillants". Il estime toutefois que l'Etat, "face à une parentalité en berne, en échec ou en difficulté", doit "généraliser les écoles de parents" et développer le "coaching parental".


Pour les parents d'origine étrangère qui ne maîtrisent pas bien la langue française, il préconise "une mise à niveau linguistique et républicaine".

 

Repérer la «vulnérabilité» des petits
Jean-Marie Bockel revient sur l'idée d'un "repérage précoce" des troubles du comportement chez l'enfant, qui avait suscité un tollé quand elle avait été proposée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en 2005, puis reprise par Nicolas Sarkozy lorsqu'il était ministre de l'Intérieur. En 2006, des projets de détection précoce des troubles du comportement pour prévenir la délinquance, s'appuyant sur ce rapport de l'Inserm, avaient suscité un tollé chez les professionnels de la petite enfance, éducateurs et "psys". Une pétition intitulée "Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans", avait recueilli près de 200 000 signatures.

 

La "vulnérabilité pourrait être repérée chez les petits entre deux et trois ans", estime Jean-Marie Bockel, citant un projet d'avis du conseil économique et social favorable à "un dépistage plus précoce des troubles mentaux des enfants et adolescents", datant de février 2010.

 

D'autres propositions portent sur une accentuation de la lutte contre les violences scolaires. Citant les phénomènes d'intimidation et le phénomène nouveau de "cyber harcèlement" par internet, il souligne que des programmes innovants ont été développés au Canada, aux Etats-Unis et dans certains pays d'Europe du Nord pour aider les élèves à maîtriser leur violence, et déplore le "retard" pris par la France dans ce domaine.

 

Des réactions virulentes
A gauche, le Parti socialiste et le Parti communiste ont fustigé le rapport de Jean-Marie Bockel, et notamment l'idée controversée d'un repérage des troubles du comportement dès deux-trois ans. "Selon cette logique, puisque les enfants en difficulté deviennent des enfants délinquants, il faut chercher à repérer leurs troubles dès la crèche, dès la naissance, voire avant même la naissance", s'est indigné le secrétaire national PS à la Famille Jean-Patrick Gille dans un communiqué.


Le PS demande au gouvernement de ne pas reprendre "ce texte aberrant dans un futur projet de loi et d'apporter, à la place, des mesures de soutien aux foyers en difficulté, notamment monoparentaux", ce qui passerait par "la création d'un véritable service public de la petite enfance et par la possibilité d'une scolarisation dès deux ans".

Le rapport a été mieux accueilli par l'Association des maires des grandes villes de France (AMGVF), qui a estimé qu'il allait "dans le bon sens". L'AMGVF, présidée par le maire de Grenoble Michel Destot (PS), estime cependant que "le rapport fait globalement l'impasse sur les moyens financiers à mobiliser".

 

Dans la majorité, le Parti chrétien-démocrate (PCD, associé à l'UMP) de Christine Boutin a également critiqué l'idée du "repérage précoce". Selon l'ancienne ministre du Logement, "une médecine préventive ne doit pas être confondue avec une médecine prédictive qui emprisonnerait les enfants en difficulté dans un destin qui, pour la plupart d'entre eux, n'aurait pas été le leur si on ne les avait pas dépistés".

 

Pasde0deconduite dénonce un «dérapage idéologique»
Pour sa part, le collectif Pasde0deconduite dénonce le retour sur le devant de la scène de la préconisation du dépistage des enfants turbulents dès la crèche. «Les liens entre des difficultés de comportement des jeunes enfants et une évolution vers la délinquance ont été invalidés par les sociétés savantes concernées et les professionnels et les citoyens impliqués dans le champ de l'enfance. Le Comité consultatif national d'éthique a dénoncé catégoriquement un tel amalgame dans son avis n° 95 rendu le 11 janvier 2007», indique le collectif.

Pasde0deconduite rappelle que, appuyé par 200 000 signataires, il a obtenu en 2006 le retrait de la disposition d'un projet de loi sur la prévention de la délinquance.

 

Le collectif demande au président de la République et au gouvernement d'abandonner définitivement cet amalgame entre les difficultés psychologiques durant l'enfance et la prédiction d'un avenir délinquant. Et de citer trois raisons : «Cet amalgame ne repose sur aucune preuve scientifique, constitue un véritable dérapage idéologique, est fortement pathogène pour les enfants et leur famille».

 

Parmi les acteurs associatifs, Les Apprentis d'Auteuil estiment que le rapport Bockel sur la prévention de la délinquance des jeunes formule «des propositions intéressantes... éclipsées par trois mesures nuisibles et polémiques». Invitant à la mise en œuvre d'une réelle politique de soutien aux familles en difficulté, les Apprentis d'Auteuil soulignent la place accordée dans le rapport au soutien à la responsabilité parentale : développement du soutien parental, dynamisation des réseaux d'accompagnement des parents, implication accentuée des parents dans la scolarisation de leur enfant...

 

Selon eux, certaines mesures vont cependant totalement à l'inverse de cette logique de soutien aux familles : «la suspension des allocations familiales aux parents ne respectant pas leurs obligations est une mesure inappropriée et inefficace. On ne résout pas un problème de société avec une sanction financière». Enfin, les Apprentis d'Auteuil dénoncent le retour du repérage précoce des troubles du comportement de l'enfant, dès 2 ans : «Dans les premières années de l'enfant, c'est d'accompagnement dont les parents ont besoin. Au lieu de ficher les bébés, développons plutôt le soutien à l'exercice de l'autorité parentale autour des structures et services de petite enfance», affirme François Content, directeur général des Apprentis d'Auteuil.

 

P.P.-.S. avec l'AFP

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Publié dans EDUCATIF

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