Ce qu'en pense JP.ROSENCZVEIG sur la réforme de l'ordonnance 1945 et + ...
Extrait d'un texte sur le site monde.fr "droit des enfants, le blog de JP ROSENCZVEIG)
(...) Sur le terrain de la justice des enfants l'Etat se désengage à tout va. On sait qu'il forme le projet pour 2011 et peut être même avant de ne plus voir la protection judiciaire de la jeunesse - direction du ministère de la justice - intervenir sur l'enfance en danger. Le juge des enfants ne pourra mandater que l'ASE ou les services habilités par l'ASE. On sait aussi qu'il veut arrêter la prise en charge des jeunes majeurs de 18-21 ans en danger. Ce sont donc les départements qui supporteront désormais plein pot ces dépenses. Une goutte d'eau par rapport au 5 milliards d'euros que leur coûte chaque année la protection de l'enfance.
Mais au deuxième degré ce sont les juges des enfants qui sont ici ramenés dans une totale dépendance vis à vis des services sociaux départementaux. Privés d'alternatives, ils ne pourront plus tenter de rompre la chaîne de l'exclusion qui se sera enclenchée en amont. J'ai conscience que cela est difficile à saisir de l'extérieur. Pourtant ce constat majeur est combien préoccupant pour les familles les plus fragiles de ce pays (...)
On va vers une justice qui dira le droit, qui tranchera et fera preuve d'autorité comme le dit la ministre de la justice, mais pas d'une justice qui, comme elle le faisait depuis 30 ou 40 ans, tentait de contribuer à reconstruire une situation familiale dégradée.
Et on a le pendant en matière pénale avec la réforme que nous promet la commission Varinard où le rôle de la justice sera de produire de la sanction - trancher et décider - mais plus de construire une réponse d'intégration aux jeunes en défaillance d'autorité structurante. "Le tribunal pour mineurs", nouvelle appellation du tribunal pour enfants et le tribunal correctionnel prononceront de la sanction, éducative ou répressive, et n'assureront plus le service après vente de leurs décision comme le fait le juge des enfants quitte à reprendre son ouvrage pour le remettre sur le métier (...)
Une autre justice se profile qui, de mon point de vue, n'assurera pas mieux la lutte contre la récidive et qui pâtira de l'absence de politique de prévention. En tout cas c'est une justice à l'américaine qui se dessine sous nos yeux avec un juge en robe sur sa tribune avec son marteau qui dit la loi entre le Conseil général ou l'Etat et la famille Dupont : "Deux ans de placement éducatif. Affaire suivante".
Le Parlement le voudra-t-il ? Je crains que oui et que le sort des "enfants et des familles dangereuses "' ne lui paraissent pas devoir l'économie de la coercition. "Si on est pauvre et si on est délinquant, c'est qu'on le veut. Il suffit de ne plus le vouloir."