Bases élèves...
Le fichier "Base élèves" rassemble des informations sur les enfants scolarisés en maternelle et en élémentaires (voir les textes publiés en suivant). Il est rempli par les directeurs d'école lors de l'inscription des enfants. Pour le ministère, il s'agit uniquement d'un outil de gestion des effectifs et le texte de l'arrêté du 20 octobre 2008 portant création du fichier est très clair : l'ensemble des données doit être effacé au maximum un an après que l'enfant a quitté l'enseignement primaire. Et pourtant ce fichier, qui devait rester purement interne au premier degré, est en réalité connecté au fichier BNIE (Base nationale des identifiants élèves qui concerne à la fois le primaire, le secondaire et le supérieur).
Alors le principe même de ce fichier va bien au-delà de la simple énumération kilométrique des élèves scolarisés. Il pose le concept de catégorisation : les enfants en difficultés, les enfants doués, les enfants ayant des troubles du comportement, les enfants ayant eu tant d'absences.... En clair, on peut vite se retrouver avec des sous-groupes qui plaqueront ces enfants jusque très loin dans leur scolarité et tout comme l'enfant qui entendait durant toute sa scolarité "pourquoi tu viens à l'école, tu es un incapable...", là on ne lui dira pas, on lui écrira avec certification !!
De certains, nous pourrons entendre qu’il est utile car il permettra de mieux centraliser les informations et ainsi mieux les contrôler, d’autres avanceront que la CNIL veille sur les abus et à l’inverse certains pensent que si un élève se révèle absent, c'est au chef d'établissement, qui connait l'élève, les parents, à l'avis des enseignants et CPE, de le signaler à l'inspection académique; sûrement pas ces mêmes personnes d’en informer le ministère.
Pour ou contre le fichier « base élèves », le débat doit-il rester à cette question fermée ? Car oui, nous pouvions être inquiets du contenu, de l’usage de ces informations, du recours possible si les parents s’y opposent, le « bon usage » sera-t-il garanti ? Et pourtant croiser les informations pour pouvoir répondre à une demande des professionnels de mieux travailler ensemble, de mettre en synergie les différents domaines, secteurs de travail, pourrait passer par une base de données et ainsi associer tous les acteurs autour de l’enfant pour avoir une meilleur connaissances de ce qu’il est ?
Finalement, au lieu d’avoir une ouverture et confiance, nous nous retrouvons dans un état pathologique et rigide qui réduit l’accès à l’information sur les élèves à un catalogue de données.
Qui prendra réellement le temps d’analyser toutes ces informations pour en tirer une réelle plus-value ? A-t-on mesuré les conséquences de cette instrumentalisation et donc de ce contrôle quand on sait que le lien avec la loi de 2007 sur la prévention de la délinquance n’est que de quelques pas… Nous ne serions donc pas dans une recherche de réponse aux besoins éducatifs des enfants et des jeunes mais dans un marquage de pseudo futurs jeunes en mal être que nous laisserons probablement traînés au détour de la scolarité parce que finalement les moyens auront été dans les statistiques et non dans les accompagnements… à ces statistiques.