| Wix School, l'école publique du quartier de Wandsworth, à Londres, que fréquente mon fils de 3 ans, Martin, est une healthy school. Ce qui signifie, m'a consciencieusement expliqué sa maîtresse le jour de la rentrée, que l'on y fait attention à l'alimentation. Et que, pour les anniversaires des chers petits, les gâteaux et autres sucreries sont proscrits. Une salade de fruits fait l'affaire, et les bougies peuvent toujours être plantées sur des pommes. Un peu radical, mais, après tout, il y a un problème d'obésité infantile en Grande-Bretagne, et les pouvoirs publics veulent s'y attaquer. C'est ce que j'ai pensé... avant de découvrir les menus du midi à la cantine : pizza accompagnée de pommes de terre en entrée, pâtes en plat principal et gelly en dessert est une combinaison qui revient souvent pour le déjeuner de mon dernier. Autant dire qu'il est ravi, mais que sa mère l'est moins. Et que ses petits copains grassouillets ne sont pas sortis d'affaire. Car, c'est un fait établi, la Grande-Bretagne produit de plus en plus d'obèses et s'apprête à rattraper son cousin américain. Si l'on se réfère à l'indice de masse corporelle (IMC), un quart des adultes rentrent dans cette catégorie. Et 61 % sont en surpoids. Pour les enfants de 5 à 6 ans, ces pourcentages sont respectivement de 9,9 % et 22,9 %. Le gouvernement prévoit que si cette tendance se confirme, en 2050, la moitié des femmes seront obèses, tout comme 60 % des hommes et 25 % des enfants. Les plus modestes sont les plus menacés, à l'image de la famille Chawner - Philip, le père, Audrey, la mère, et leurs deux filles, Emma (19 ans) et Samantha (21 ans) -, qui pèse à elle toute seule 83 stones, soit 527 kilos. Les parents n'ont pas travaillé depuis 11 ans et vivent avec 12 000 livres d'allocations par an. Avec l'inactivité et le poids sont venus le diabète, l'asthme et l'épilepsie, pour lesquels les Chawner touchent de l'argent public, en plus du chômage. Et depuis que la jeune Emma est passée dans une émission de télé-réalité, les Chawner sont devenus la cible des anti-gros. Sur Facebook, un groupe de plus de 3 500 personnes a alimenté pendant des mois la haine contre les quatre obèses, avant que la police ne fasse fermer le site. « Bougez vos gros culs, Emma Chawner et ta famille, et trouvez un job », pouvait-on notamment y lire. Au total, l'obésité coûte cher à l'économie britannique : 7,4 milliards de livres par an, dont 2,6 milliards pour les seuls congés maladie liés à cet état. Dans ces conditions, le gouvernement a décidé d'agir en essayant de traiter le problème à la racine, dès le plus jeune âge. Et, depuis 1999, il multiplie les déclarations de guerre à l'obésité infantile, désormais assimilée à une sorte de négligence parentale. Ainsi, en 2006, elle a été un facteur concourant, avec d'autres, à vingt placements d'enfants en dehors de leur famille. Des adoptions sont régulièrement refusées à des couples uniquement parce que les services sociaux les jugent trop gros. Plus concrètement, depuis 2007, on calcule l'IMC de tous les enfants à leur entrée en primaire (5 ans) et à leur sortie (11 ans). La restauration scolaire, dans les 20 000 écoles publiques du pays, a été sommée de participer à l'effort national, en proposant d'ici à 2010 des menus plus équilibrés. Quant au ministère de l'éducation nationale, il va réintroduire les cours de cuisine pour les 11-14 ans d'ici à 2011. Mais, pour l'heure, les résultats se font attendre. Les parents, d'abord, font de la résistance. On voit régulièrement des mères de famille glissant à leurs enfants chips et barres chocolatées à travers le grillage de l'école pour s'assurer qu'ils ne passeront pas la journée l'estomac vide, eux qui « n'aiment pas les légumes ». Quant aux mères qui se font un devoir de préparer elles-mêmes le repas de leur progéniture, elles veulent avant tout lui faire plaisir. Et la fameuse lunch box contient bien souvent des sandwichs au beurre de cacahuète recouvert de cheddar ou d'un fromage reconstitué, un soda, des chips... Des études ont montré qu'en moyenne cette lunch box contient une quantité de sucre double à celle de la cantine, et 50 % de plus de sodium et de graisses saturées. Les adolescents, eux, préfèrent utiliser l'argent de la cantine - contrairement à ce qui se passe en France, ici on paie le plus souvent au jour le jour - pour s'acheter un hamburger-frites. Dans le secondaire, les deux tiers des élèves mangent aujourd'hui à l'extérieur. Il faut dire que l'Etat n'a pas pris en charge la totalité du surcoût engendré par ces nouveaux menus. Et que, sur les trois dernières années, le tarif des cantines pour les parents a augmenté de 20 %, tandis que leur fréquentation baissait de 15 %. Le secteur privé a flairé la bonne affaire. Les clubs de gym ont concocté des programmes sur mesure pour les jeunes. Pour 26 livres (environ 28 euros) par mois, Virgin Active Health et autres chaînes de fitness les mettent à l'exercice physique. Ils proposent même un abonnement de 12,50 livres par mois pour les enfants de 2 ans... Et ça marche : le nombre d'abonnements de moins de 16 ans a augmenté de 40 % en trois ans. Le groupe américain Wellspring a ouvert un fat camp (camp de vacances pour gros) dans le pays, qui ne désemplit pas. L'entreprise se vante de faire perdre à ses jeunes clients 2 kilos par semaine. Et devrait ouvrir d'ici peu une école pour obèses. Je vous rassure, mon fils Martin va bien. |